Dany-Robert Dufour, fils d’anar et philosophe
À la lecture de trois grandes figures de l’anarchisme, Proudhon, Buber et Landauer, cet article propose de montrer combien « l’antipolitique » libertaire ne saurait se réduire à la seule condamnation de l’État, incarnation du mal politique, celui de la domination de l’homme par l’homme. Elle est ava...
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2024
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cairn-RDM1_062_0331RDM1Revue du MAUSS https://shs.cairn.info/revue-du-mauss1-2023-2-page-331?lang=fr https://doi.org/10.3917/rdm1.062.0331 Dany-Robert Dufour, fils d’anar et philosophe Vibert, Stéphane2024 fre Revue du MAUSS | 62 | 2 | 2024-01-05 | p. 331-333 | 1247-4819 RDM1_06224 À la lecture de trois grandes figures de l’anarchisme, Proudhon, Buber et Landauer, cet article propose de montrer combien « l’antipolitique » libertaire ne saurait se réduire à la seule condamnation de l’État, incarnation du mal politique, celui de la domination de l’homme par l’homme. Elle est avant tout indissociable d’une foi peu commune dans l’autonomie du social. Comme s’il suffisait de redécouvrir le social, au double sens du terme, sous la gangue de l’État, pour le rendre à lui-même, à sa spontanéité, à sa puissance auto-instituante ; comme si la transcendance du politique devait refluer dans celle – immanente – de la Relation et des formes de vie autonomes qu’elle forge. Pour autant, cet appel à reconquérir nos relations, à défendre l’autonomie du social, n’exige pas plus de dissoudre toute forme institutionnelle, que d’en finir avec la politique ou toute forme de transcendance. Utopie d’une généreuse sociophanie, pari sur la créativité du (divin) social, sur l’immanence transcendante de l’un-pour-l’autre, n’invite-t-il pas à déplacer, comme le suggérait Proudhon, la divinité et ainsi à penser tout autrement l’institution politique du social ? In the exploration of three significant figures of anarchism, Proudhon, Buber, and Landauer, this article seeks to demonstrate how the libertarian “antipolitics” cannot be reduced solely to the condemnation of the State, the embodiment of political evil: the domination of one human being by another. It is fundamentally intertwined with an uncommon faith in the autonomy of the social. It is as if rediscovering the social beneath the veneer of the State, is sufficient to return it to itself, to its spontaneity, to its self-instituting power. It is as if the transcendence of the political should flow back into the immanent transcendence of Relationship and the autonomous forms of life it forges. Nevertheless, this call to reclaim our relationships, to defend the autonomy of the social, does not advocate for the dissolution of all institutional forms any more than it does for the eradication of politics or any form of transcendence. Is it not an invitation to shift, as Proudhon suggested, the concept of divinity and, thus, to fundamentally reconsider the political institution of the social?Cairn restricted access |
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À la lecture de trois grandes figures de l’anarchisme, Proudhon, Buber et Landauer, cet article propose de montrer combien « l’antipolitique » libertaire ne saurait se réduire à la seule condamnation de l’État, incarnation du mal politique, celui de la domination de l’homme par l’homme. Elle est avant tout indissociable d’une foi peu commune dans l’autonomie du social. Comme s’il suffisait de redécouvrir le social, au double sens du terme, sous la gangue de l’État, pour le rendre à lui-même, à sa spontanéité, à sa puissance auto-instituante ; comme si la transcendance du politique devait refluer dans celle – immanente – de la Relation et des formes de vie autonomes qu’elle forge. Pour autant, cet appel à reconquérir nos relations, à défendre l’autonomie du social, n’exige pas plus de dissoudre toute forme institutionnelle, que d’en finir avec la politique ou toute forme de transcendance. Utopie d’une généreuse sociophanie, pari sur la créativité du (divin) social, sur l’immanence transcendante de l’un-pour-l’autre, n’invite-t-il pas à déplacer, comme le suggérait Proudhon, la divinité et ainsi à penser tout autrement l’institution politique du social ? |
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