La politique de la non-identité
Ce commentaire sur l’article de Marilyn Strathern, « Binary License », examine certaines implications de son affirmation selon laquelle les relations intertribales entre les migrants urbains en Papouasie-Nouvelle-Guinée ne sont pas « ethniques ». En effet, si ces rencontres sociales n’impliquent p...
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| Format: | Article ou chapitre numérique |
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| Publié: |
2023
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| Accès en ligne: | Accès Université d'Orléans et IFPM Accès Université d'Orléans et IFPM |
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Ce commentaire sur l’article de Marilyn Strathern, « Binary License », examine certaines implications de son affirmation selon laquelle les relations intertribales entre les migrants urbains en Papouasie-Nouvelle-Guinée ne sont pas « ethniques ». En effet, si ces rencontres sociales n’impliquent pas une politique conventionnelle de l’identité, quelle pourrait être cette politique ? En comparant le cas mélanésien de Strathern avec des exemples ethnographiques en Corse et en Mongolie, on peut identifier une nouvelle modalité relationnelle : celle de l’« ethnicité intensive », qui diffère qualitativement de l’« ethnicité extensive » à laquelle les anthropologues se sont généralement intéressés. Les deux formes d’ethnicité sont relationnelles, dans la mesure où la compréhension de soi et l’auto-désignation d’un groupe donné sont dans les deux cas le résultat de ses relations avec d’autres groupes. Cependant, les relations ethniquement extensives, les plus communes dans la littérature anthropologique, impliquent des processus symboliques de création et de maintien de frontières par lesquels des traits ou des contenus culturels contrastés sont arbitrairement assignés et distribués à des formes sociales et à des échelles sociales préexistantes (individus, communautés ou nations). Inversement, les engagements intertribaux plus intensifs décrits par Strathern et certains autres anthropologues sont relationnels de bout en bout, étant donné que tout ce qui concerne les termes de ces relations (y compris leur forme, leur échelle et leur dimensionnement) est défini de la sorte. On peut donc établir un contraste entre une « politique de l’identité » et ce que l’on pourrait appeler une « politique de la non-identité ». Si la première équivaut à une économie ethnique dans laquelle les subjectivités sont échangées à la manière de marchandises et de manière aliénable, dans la seconde, l’usage de la dénomination stéréotypée et d’autres pratiques apparemment « ethniques » équivaut à des insertions non-aliénables de soi dans les autres sous la forme du don.
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