« Entendre les choses muettes »
Trois questions font le fil de ce texte. Que peut entendre le clinicien, le psychanalyste, d’une réalité (aussi triviale soit-elle), avec son « poids de réel », qui s’impose au sujet ? De cette volonté qui s’impose, comment en avoir quelque appréhension ? Et de quelle manière en accuser réception ?...
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2022
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cairn-RCCPCL_021_0025RCCPCLRevue des Collèges de Clinique psychanalytique du Champ Lacanien https://shs.cairn.info/revue-des-colleges-de-clinique-psychanalytique-du-champ-lacanien-2022-1-page-25?lang=fr https://doi.org/10.3917/rccpcl.021.0025 « Entendre les choses muettes » Pinot, Sophie2022 Das DingEntwurféthiqueles choses muettesparoleréalitéurgence de la vieDas DingEntwurfethicrealityspeechthe silent thingsurgency of lifefre Revue des Collèges de Clinique psychanalytique du Champ Lacanien | 21 | 1 | 2022-07-18 | p. 25-32 | 2101-6429 RCCPCL_02137 Trois questions font le fil de ce texte. Que peut entendre le clinicien, le psychanalyste, d’une réalité (aussi triviale soit-elle), avec son « poids de réel », qui s’impose au sujet ? De cette volonté qui s’impose, comment en avoir quelque appréhension ? Et de quelle manière en accuser réception ? À suivre Freud dans « L’Esquisse d’une psychologie scientifique » et la relecture de « l’Entwurf » qu’en a fait Lacan dans son Séminaire L’éthique de la psychanalyse, cette réalité qui pousse et s’impose, c’est ce qui du vivant fonctionne sans s’annoncer, sans demander notre avis, « l’urgence de la vie » dit Freud. Die Not des Lebens dit Lacan, Le besoin et non pas les besoins. La jouissance du vivant, ce vivant qui s’impose du côté de la chaleur, du besoin mais aussi de la douleur. Jouissance réelle, massive, la Chose, das Ding. Cette « réalité muette qu’est das Ding », comment en entendre quelque chose ? La réponse de Lacan est limpide « uniquement dans la mesure où se produisent des paroles ». Entendre les choses muettes… à la condition qu’elles passent à la parole. Ce que vise la clinique analytique c’est donc une parole. Pas n’importe laquelle. Le sujet parlant n’est ni le corps parlant ni le sujet blablatant. Face à ce qui se présente dans l’urgence pour un sujet, le clinicien n’a-t-il pas à en accuser réception d’une position qui maintienne une certaine pression ? Celle de ne pas céder sur le en savoir quelque chose de ce qui se présente là. Celle de mettre un dire sur une expérience de jouissance. Savoir la jouissance opaque de sa vie, c’est la position éthique de la psychanalyse.Three questions make up the frame of the text. What can the clinician, the psychoanalyst, understand of a reality (as trivial as it can be), with its “real implication”, that’s imposed on the subject ? How to get any apprehension of that imposing will ? And how to acknowledge it ? Following Freud’s « Entwurf einer Psychologie » and Lacan’s re-reading in his seminar Ethic of the psychoanalysis, this reality pushing and imposing itself, is of the living, what functions without announcing itself, without asking for our opinion, the “urgency of life” according to Freud. Die Not des Lebens says Lacan, The need and not needs. The jouissance of the living, that living that imposes itself on the side of the warmth, of the need but also on the side of pain. Real and massive jouissance, the Thing, das Ding. How to hear and understand something of this “silent reality that is das Ding” ? Lacan’s answer is crystal clear “solely in the extent where speech happens”. Hearing silent things… but only if they turn into speech. The psychoanalytical clinic’s goal is then speech. And not any. The speaking subject is neither the speaking body, nor the chit chatting subject. In the face of what is urgently presenting itself to a subject, doesn’t the clinician have the responsibility of acknowledging a position that will maintain a certain pressure ? The pressure of not caving to the knowing something of what is presenting itself. The pressure of putting words on a jouissance experience. Knowing the jouissance is opaque in one’s life is the ethical position of psychoanalysis.Cairn restricted access |
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Trois questions font le fil de ce texte. Que peut entendre le clinicien, le psychanalyste, d’une réalité (aussi triviale soit-elle), avec son « poids de réel », qui s’impose au sujet ? De cette volonté qui s’impose, comment en avoir quelque appréhension ? Et de quelle manière en accuser réception ? À suivre Freud dans « L’Esquisse d’une psychologie scientifique » et la relecture de « l’Entwurf » qu’en a fait Lacan dans son Séminaire L’éthique de la psychanalyse, cette réalité qui pousse et s’impose, c’est ce qui du vivant fonctionne sans s’annoncer, sans demander notre avis, « l’urgence de la vie » dit Freud. Die Not des Lebens dit Lacan, Le besoin et non pas les besoins. La jouissance du vivant, ce vivant qui s’impose du côté de la chaleur, du besoin mais aussi de la douleur. Jouissance réelle, massive, la Chose, das Ding. Cette « réalité muette qu’est das Ding », comment en entendre quelque chose ? La réponse de Lacan est limpide « uniquement dans la mesure où se produisent des paroles ». Entendre les choses muettes… à la condition qu’elles passent à la parole. Ce que vise la clinique analytique c’est donc une parole. Pas n’importe laquelle. Le sujet parlant n’est ni le corps parlant ni le sujet blablatant. Face à ce qui se présente dans l’urgence pour un sujet, le clinicien n’a-t-il pas à en accuser réception d’une position qui maintienne une certaine pression ? Celle de ne pas céder sur le en savoir quelque chose de ce qui se présente là. Celle de mettre un dire sur une expérience de jouissance. Savoir la jouissance opaque de sa vie, c’est la position éthique de la psychanalyse. |
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