Une métapsychologie de la construction psychique de la « réalité »

L’auteur aborde la question de la réalité par une analyse du processus de la perception. Il rappelle la coexistence, chez Freud, de deux conceptions de la prise de conscience perceptive : celle, contemporaine de la première topique, d’un système Perception-Conscience où la perception et l’épreuve d...

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Autore principale: Roussillon, René
Natura: Article ou chapitre numérique
Lingua:Français
Pubblicazione: 2020
Soggetti:
Accesso online:Accès Université d'Orléans et IFPM
Accès Université d'Orléans et IFPM
id cairn-RBP_077_0033
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language Français
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Roussillon, René
Une métapsychologie de la construction psychique de la « réalité »
topic_facet construction
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enveloppes psychiques
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perception
Réalité
topique
costruction
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in/out
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Reality
topical
description L’auteur aborde la question de la réalité par une analyse du processus de la perception. Il rappelle la coexistence, chez Freud, de deux conceptions de la prise de conscience perceptive : celle, contemporaine de la première topique, d’un système Perception-Conscience où la perception et l’épreuve de réalité qui lui donne ce statut s’imposent immédiatement à la conscience ; et celle, qui apparaît dans ses écrits à partir de 1919, où il reprend une idée émise dès 1896, selon laquelle perception et conscience doivent être situées « aux deux bouts de l’appareil psychique », la perception étant alors conçue comme un processus partant du somatique qui doit « traverser » l’ensemble de l’appareil psychique pour parvenir à la conscience. Le paradoxe de cette coexistence se résout en faisant l’hypothèse que le processus perceptif relève du « trouvé-créé » winnicottien : le Moi construit la perception en effaçant le processus de transformation de telle manière qu’elle se présente dans une illusion d’extériorité. L’auteur examine ensuite le « trajet » de la perception, depuis son origine somatique, nécessitant un investissement pulsionnel du Ça, impliquant le jugement d’attribution dans le registre du principe de plaisir-déplaisir. Dès ce niveau, des processus défensifs puissants visant à éviter le déplaisir peuvent être postulés : évitement moteur, retrait d’investissement (Freud), évacuation (Bion), démantèlement (Meltzer), collage adhésif « hyperréalitaire » (Racamier) qui tous mettent en échec la constitution d’une illusion primaire. La réalité dès lors est conçue comme purement « interne » ou « externe », l’une excluant l’autre. Ces stratégies défensives extrêmes sont cependant freinées par un double processus. D’une part, l’expérience de satisfaction dans le plaisir partagé dans la relation primaire réalise une conjonction entre hallucination et perception ; cette « réalisation » première ouvre l’espace d’une (auto)érotisation de l’(auto)perception, fondement du narcissisme primaire ; cet espace s’organise selon différentes enveloppes psychiques liées aux modalités sensorielles prévalentes successives. D’autre part, la destructivité est transformée dans la relation primaire par l’expérience de la survie de l’objet (Winnicott), installant le champ du fantasme et permettant le déploiement de la position dépressive (Klein). Cependant, un troisième mouvement vient interférer avec cette dialectique plaisir/déplaisir : l’émergence du tiers, l’autre de l’objet, qui dans le jeu de la présence et de l’absence installe le fantasme de scène primitive mais aussi la capacité de se représenter le processus même de la représentation. Enfin, la perception, ainsi construite psychiquement après avoir été investie pulsionnellement, peut être actualisée au niveau préconscient et devenir disponible à la conscience.
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Il rappelle la coexistence, chez Freud, de deux conceptions de la prise de conscience perceptive : celle, contemporaine de la première topique, d’un système Perception-Conscience où la perception et l’épreuve de réalité qui lui donne ce statut s’imposent immédiatement à la conscience ; et celle, qui apparaît dans ses écrits à partir de 1919, où il reprend une idée émise dès 1896, selon laquelle perception et conscience doivent être situées « aux deux bouts de l’appareil psychique », la perception étant alors conçue comme un processus partant du somatique qui doit « traverser » l’ensemble de l’appareil psychique pour parvenir à la conscience. Le paradoxe de cette coexistence se résout en faisant l’hypothèse que le processus perceptif relève du « trouvé-créé » winnicottien : le Moi construit la perception en effaçant le processus de transformation de telle manière qu’elle se présente dans une illusion d’extériorité. L’auteur examine ensuite le « trajet » de la perception, depuis son origine somatique, nécessitant un investissement pulsionnel du Ça, impliquant le jugement d’attribution dans le registre du principe de plaisir-déplaisir. Dès ce niveau, des processus défensifs puissants visant à éviter le déplaisir peuvent être postulés : évitement moteur, retrait d’investissement (Freud), évacuation (Bion), démantèlement (Meltzer), collage adhésif « hyperréalitaire » (Racamier) qui tous mettent en échec la constitution d’une illusion primaire. La réalité dès lors est conçue comme purement « interne » ou « externe », l’une excluant l’autre. Ces stratégies défensives extrêmes sont cependant freinées par un double processus. D’une part, l’expérience de satisfaction dans le plaisir partagé dans la relation primaire réalise une conjonction entre hallucination et perception ; cette « réalisation » première ouvre l’espace d’une (auto)érotisation de l’(auto)perception, fondement du narcissisme primaire ; cet espace s’organise selon différentes enveloppes psychiques liées aux modalités sensorielles prévalentes successives. D’autre part, la destructivité est transformée dans la relation primaire par l’expérience de la survie de l’objet (Winnicott), installant le champ du fantasme et permettant le déploiement de la position dépressive (Klein). Cependant, un troisième mouvement vient interférer avec cette dialectique plaisir/déplaisir : l’émergence du tiers, l’autre de l’objet, qui dans le jeu de la présence et de l’absence installe le fantasme de scène primitive mais aussi la capacité de se représenter le processus même de la représentation. Enfin, la perception, ainsi construite psychiquement après avoir été investie pulsionnellement, peut être actualisée au niveau préconscient et devenir disponible à la conscience.The author approaches the question of reality through an analysis of the process of perception. It recalls the coexistence, in Freud, of two conceptions of perceptive awareness: that, contemporary of the first topical, of a system Perception-Consciousness where the perception and the test of reality that gives it this status are immediately imposed on the consciousness; and that, which appears in his writings from 1919, where he takes up an idea issued from 1896, according to which perception and consciousness must be located “at both ends of the psychic apparatus”, the perception being then conceived as a process starting from the somatic which must “cross” the whole psychic apparatus to reach the consciousness. The paradox of this co-existence is solved by making the hypothesis that the perceptive process is part of the Winnicottian «found-created»: the Self constructs perception by erasing the transformation process in such a way that it presents itself in an illusion of exteriority. The author then examines the «journey» of perception, from its somatic origin, requiring an investment of Ça, implying the attribution judgment in the register of the principle of pleasure-displeasure. From this level, powerful defensive processes aimed at avoiding displeasure can be postulated: motor avoidance, investment withdrawal (Freud), evacuation (Bion), dismantling (Meltzer), adhesive bonding «hyperréalitaire» (Racamier) which all defeat the constitution of a primary illusion. Reality is therefore conceived as purely “internal” or “external”, one excluding the other. These extreme defensive strategies are, however, hampered by a double process. On the one hand, the experience of satisfaction in pleasure shared in the primary relationship realizes a conjunction between hallucination and perception; this first «realization» opens the space of a (auto)eroticization of the (auto)perception, foundation of primary narcissism; this space is organized according to different psychic envelopes linked to the prevalent sensory modalities successively. On the other hand, destructivity is transformed in the primary relationship by the experience of the survival of the object (Winnicott), setting up the field of fantasy and allowing the unfolding of the depressive position (Klein). However, a third movement interferes with this dialectic of pleasure/displeasure: the emergence of the third part, the other of the object, which in the play of presence and absence installs the fantasy of primitive scene but also the ability to represent the very process of representation. Finally, the perception, thus psychically constructed after having been instinctively invested, can be updated to the preconscious level and become available to the consciousness.Cairn restricted access