Les deux « e muets » de l’une-bévue : ce qui donne des ailes au « Il »

Lacan revient sur son séminaire L’Identification, et revoit son ternaire psychique, qui devient un ternaire strictement matérialiste, celui de trois corps : un corps du symbolique qui est lalangue, le « matériel de langue » ; un corps de l’imaginaire « distinct du signifié » ; un corps du réel « do...

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Hlavní autor: Lalvée, Brigitte
Médium: Article ou chapitre numérique
Jazyk:Français
Vydáno: 2023
On-line přístup:Accès Université d'Orléans et IFPM
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description Lacan revient sur son séminaire L’Identification, et revoit son ternaire psychique, qui devient un ternaire strictement matérialiste, celui de trois corps : un corps du symbolique qui est lalangue, le « matériel de langue » ; un corps de l’imaginaire « distinct du signifié » ; un corps du réel « dont on ne sait comment il sort », mais lié à ce non-rapport sexuel auquel est appendu le parlêtre. De ce qu'il a élaboré quinze ans plus tôt il ne conserve que le tore, et le trait unaire, pris à revers.Le « sens double » de la syllabe « con », qui dans lalangue française conjoint le « cum » (= « avec ») et le « cunnus » latins, lui permet de passer d’une con-sistance problématique, celle de son seul nom pour faire tenir les trois ronds symbolique de l’imaginaire et du réel, à une corps-sistance, qui renvoie non seulement au sexe féminin, mais à ce qui manque à un deux du sexe, à un « avec ».C’est là l’une-bévue, l’une parmi d’autres : unité matérielle signifiante qui fait tenir ce ternaire, « l’une » où s’abolissent la valeur différentielle du signifiant, l’unarité du trait, son aune phallique. L’unité de mesure qui néanmoins fait chaîne entre les trois corps.L’une-bévue fait le S2 de fonds du signifiant, le S2 comme « sens double ». Double bande, contrebande du signifiant, valeur d’échange qui s’annule dans la non-valeur, métathèse voire métamorphisme du signifiant rendant caduques métaphore et métonymie, l’équivoque qu’est l’une-bévue produit pléthore de sens, c’est-à-dire de mensonge. Jusqu’à l’holophrase généralisée, soit la « débilité ». Mais à « faire réel » il n’est pas sûr qu’elle le « ferre ». Heureusement, son équivoque avec l’Unbewuste allemand et freudien n’est qu’approximative. La translangue n’est pas intégrale. Elle fait place au trou du « non-su », un-bewusst du non-savoir, un savoir « sans le fait de savoir ». Sans quoi l’analyse pourrait devenir un « autisme à deux », une bulle d’inconscient et conscient unifiés, réversibles. Le « Il sait » (l’Autre) « que je sais qu’il sait » est fallacieux : il voue le sujet à la dépossession subjective, ou l’emmène vers la téléphathie, l’occultisme. Le « redoublement de la parenthèse », proposé par A. Didier-Weill convié à s’exprimer sur la passe, permet « d’aller plus loin que l’inconscient », plus loin que son « objectivation », jusqu'à ce Réel « qui se sait et veut se taire » et pourrait sans ce redoublement se confondre avec un Savoir absolu aliénant. Il permet d’aller jusqu’à ce Réel qui est la bouche d’ombre de l’inconscient, trouée d’une énonciation possible. Si Lacan salue l’apport d’A. Didier-Weill, il marque aussi son désaccord, concernant la nomination de ce lieu du non-savoir (Bozef), concernant aussi une « communion » du sujet et de l’Autre. Mais son désaccord est aussi un dis-corps : ainsi du moins peut-on lire la digression sur la rosée par laquelle il introduit l’intervention d’A. Didier-Weill. Cette digression pourrait nous mener à l’hématidrose de l’ermite, exsangue d’abstinence sexuelle, aspirant aux « mains énamourées » de « l’Inconnue », du poème d’Apollinaire vers lequel faisait déjà signe le « s’aile à mourre » du titre. S’il y a un « savoir du réel », et s’il « tient au corps », le poète, la poésie, le psychanalyste s’il « s’apparente » à un « pouâtassez », l’analysant, peuvent en matérialiser quelque chose, de l’« inouï » d’un dire qui ouvre au réel. Le poète et la poésie, surtout quand elle fait compter, ainsi le veut la tradition poétique française, le e muet dans le vers, ce e muet qui sait aussi s’élider pour donner des ailes au « Il ».
author Lalvée, Brigitte
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De ce qu'il a élaboré quinze ans plus tôt il ne conserve que le tore, et le trait unaire, pris à revers.Le « sens double » de la syllabe « con », qui dans lalangue française conjoint le « cum » (= « avec ») et le « cunnus » latins, lui permet de passer d’une con-sistance problématique, celle de son seul nom pour faire tenir les trois ronds symbolique de l’imaginaire et du réel, à une corps-sistance, qui renvoie non seulement au sexe féminin, mais à ce qui manque à un deux du sexe, à un « avec ».C’est là l’une-bévue, l’une parmi d’autres : unité matérielle signifiante qui fait tenir ce ternaire, « l’une » où s’abolissent la valeur différentielle du signifiant, l’unarité du trait, son aune phallique. L’unité de mesure qui néanmoins fait chaîne entre les trois corps.L’une-bévue fait le S2 de fonds du signifiant, le S2 comme « sens double ». Double bande, contrebande du signifiant, valeur d’échange qui s’annule dans la non-valeur, métathèse voire métamorphisme du signifiant rendant caduques métaphore et métonymie, l’équivoque qu’est l’une-bévue produit pléthore de sens, c’est-à-dire de mensonge. Jusqu’à l’holophrase généralisée, soit la « débilité ». Mais à « faire réel » il n’est pas sûr qu’elle le « ferre ». Heureusement, son équivoque avec l’Unbewuste allemand et freudien n’est qu’approximative. La translangue n’est pas intégrale. Elle fait place au trou du « non-su », un-bewusst du non-savoir, un savoir « sans le fait de savoir ». Sans quoi l’analyse pourrait devenir un « autisme à deux », une bulle d’inconscient et conscient unifiés, réversibles. Le « Il sait » (l’Autre) « que je sais qu’il sait » est fallacieux : il voue le sujet à la dépossession subjective, ou l’emmène vers la téléphathie, l’occultisme. Le « redoublement de la parenthèse », proposé par A. Didier-Weill convié à s’exprimer sur la passe, permet « d’aller plus loin que l’inconscient », plus loin que son « objectivation », jusqu'à ce Réel « qui se sait et veut se taire » et pourrait sans ce redoublement se confondre avec un Savoir absolu aliénant. Il permet d’aller jusqu’à ce Réel qui est la bouche d’ombre de l’inconscient, trouée d’une énonciation possible. Si Lacan salue l’apport d’A. Didier-Weill, il marque aussi son désaccord, concernant la nomination de ce lieu du non-savoir (Bozef), concernant aussi une « communion » du sujet et de l’Autre. Mais son désaccord est aussi un dis-corps : ainsi du moins peut-on lire la digression sur la rosée par laquelle il introduit l’intervention d’A. Didier-Weill. Cette digression pourrait nous mener à l’hématidrose de l’ermite, exsangue d’abstinence sexuelle, aspirant aux « mains énamourées » de « l’Inconnue », du poème d’Apollinaire vers lequel faisait déjà signe le « s’aile à mourre » du titre. S’il y a un « savoir du réel », et s’il « tient au corps », le poète, la poésie, le psychanalyste s’il « s’apparente » à un « pouâtassez », l’analysant, peuvent en matérialiser quelque chose, de l’« inouï » d’un dire qui ouvre au réel. Le poète et la poésie, surtout quand elle fait compter, ainsi le veut la tradition poétique française, le e muet dans le vers, ce e muet qui sait aussi s’élider pour donner des ailes au « Il ».Lacan returns to his seminar Identification, and revises his psychic ternary, which becomes a strictly materialist ternary, that of three bodies: a body of the symbolic which is lalangue, the “language material”; a body of the imagination “distinct from the signified”; a body of reality “from which we do not know how it emerges”, but linked to this non-sexual relationship to which the speaking being is attached. From what he developed fifteen years earlier he only retains the torus, and the unary line, taken from behind.The “double meaning” of the syllable “con”, which in the French language combines the Latin “cum” (= “with”) and “cunnus”, allows it to move from a problematic con-sistency, that of its only name to hold the three symbolic circles of the imaginary and the real, to a body-sistance, which refers not only to the female sex, but to what is missing from a two of the sex, to a “with”.This is the one-blunder, one among others: signifying material unity which holds together this ternary, “the one” where the differential value of the signifier, the unity of the trait, its yardstick are abolished. phallic. The unit of measurement which nevertheless creates a chain between the three bodies.The one-blunder makes the S2 the fund of the signifier, the S2 as “double meaning”. Double band, contraband of the signifier, exchange value which is canceled in non-value, metathesis or even metamorphism of the signifier rendering metaphor and metonymy obsolete, the equivocation that is the one-blunder produces a plethora of meaning, it that is to say a lie. Until the generalized holophrase, that is, “debility”. But to “do it real” it is not sure that she “does it”.Fortunately, its equivocation with the German and Freudian Unbewuste is only approximate. The translanguage is not integral. It gives way to the hole of “not-knowing”, a bewusst of not-knowing, a knowledge “without the fact of knowing”. Otherwise the analysis could become an “autism of two”, a bubble of unified, reversible unconscious and conscious. The “He knows” (the Other) “that I know that he knows” is fallacious: it dooms the subject to subjective dispossession, or takes him towards telepathy, occultism. The “redoubling of the parenthesis”, proposed by A. Didier-Weill invited to express himself on the pass, allows us to “go further than the unconscious”, further than its “objectification”, up to this Real “who knows himself and wants to remain silent” and could without this redoubling be confused with an alienating absolute Knowledge. It allows us to go to this Real which is the shadowy mouth of the unconscious, pierced with a possible enunciation.If Lacan welcomes the contribution of A. Didier-Weill, he also marks his disagreement, concerning the naming of this place of non-knowledge (Bozef), also concerning a “communion” of the subject and the Other. But his disagreement is also a dis-body: thus at least we can read the digression on the dew with which he introduces the intervention of A. Didier-Weill. This digression could lead us to the hematidrosis of the hermit, bloodless from sexual abstinence, yearning for the “enamored hands” of the “Inconnue”, of the poem by Apollinaire to which the “s’aile à mourre” already pointed “ of the title. If there is a “knowledge of reality”, and if it “is related to the body”, the poet, the poetry, the psychoanalyst if it “is similar” to a “puâtassez”, the analyzer, can materialize something, the “unbelievable” of a saying that opens up to reality. The poet and poetry, especially when it counts, as the French poetic tradition wants, the silent e in the verse, this silent e which also knows how to elide itself to give wings to the “He”.Cairn restricted access