Le touthommisme aujourd’hui

Lorsqu’un être parlant se compte lui-même, il risque toujours d’oublier l’acte par lequel il se compte : le sujet ne compte plus quand il se tient pour compté. Les ressorts et les effets de toute identification le montrent : ainsi le procès logique qui conduit chacun, en hâte, à se conclure homme, d...

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Hlavní autor: Copin, Julien
Médium: Article ou chapitre numérique
Jazyk:Français
Vydáno: 2022
On-line přístup:Accès Université d'Orléans et IFPM
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id cairn-ESS_049_0049
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spelling cairn-ESS_049_0049ESSEssaim https://shs.cairn.info/revue-essaim-2022-2-page-49?lang=fr https://doi.org/10.3917/ess.049.0049 Le touthommisme aujourd’hui Copin, Julien2022 fre Essaim | 49 | 2 | 2022-11-03 | p. 49-61 | 1287-258X ESS_04971 Lorsqu’un être parlant se compte lui-même, il risque toujours d’oublier l’acte par lequel il se compte : le sujet ne compte plus quand il se tient pour compté. Les ressorts et les effets de toute identification le montrent : ainsi le procès logique qui conduit chacun, en hâte, à se conclure homme, disparaît-il dans son résultat. Tout sujet, une fois qu’il est parvenu à se compter au nombre des hommes, s’imagine appartenir par nature à une classe universelle qu’il tient pour définie, alors qu’elle ne se constitue que par l’énonciation précipitée qui l’y fait entrer, indépendamment de tout concept. Il raisonne alors selon une logique classique, dont un syllogisme bien connu offre depuis des siècles un exemple rebattu : « Tous les hommes sont mortels ; or Socrate est un homme… » L’œuvre de Lacan jette une lumière nouvelle sur ce pont aux ânes éculé. Le syllogisme de Socrate tire sa force du procès subjectif qu’il rejette. Le présent article dégage d’abord l’intention perverse du scoliaste, afin de retrouver le tranchant de l’énonciation qu’il cherche à émousser. Il décrit ensuite le mouvement par lequel cette énonciation, en s’évanouissant dans le « touthommisme » qui la trivialise, promeut une logique du concept universel. Il propose enfin de matérialiser cette transformation au moyen d’un exercice de topologie, pour s’extraire de la « flaque de glu mentale » dans laquelle le « sillygisme » nous plonge, au nom même, ce qui est un comble, de Socrate.When a speaking being includes himself in the counting he runs the risk of forgetting the act by which he counts himself in: the subject no longer counts when he holds himself as counted. The resources and effects of identification demonstrate this: in this way the logical process leading one, in haste, to consider himself man, disappears in the result. Every subject once he counts himself among mankind, imagines himself belonging by nature to a defined universal class, whereas this is constituted only by the precipitating enunciation that allows him entry, independently of any concept. He thus reasons according to classical logic, as illustrated by the well-known syllogism: “All men are mortal; Socrates is a man…” Lacan’s work throws new light on this worn-down “bridge of asses”. Socrates’ syllogism draws its force from the subjective process that it rejects. The present article first extricates the pervert intention of the scholiast, in order to uncover the cutting of the enunciation that he seeks to blunt. The article then describes the movement with which this enunciation, by fading into the “everymanism” that trivialises it, promotes a form of logic of the universal concept. Lastly it proposes to materialise this transformation by means of a topological exercise, to extract itself from “the puddle of mental glue” into which the “sillygism” plunges us, and this, to crown all, in the very name of Socrates.Cairn restricted access
language Français
format Article ou chapitre numérique
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description Lorsqu’un être parlant se compte lui-même, il risque toujours d’oublier l’acte par lequel il se compte : le sujet ne compte plus quand il se tient pour compté. Les ressorts et les effets de toute identification le montrent : ainsi le procès logique qui conduit chacun, en hâte, à se conclure homme, disparaît-il dans son résultat. Tout sujet, une fois qu’il est parvenu à se compter au nombre des hommes, s’imagine appartenir par nature à une classe universelle qu’il tient pour définie, alors qu’elle ne se constitue que par l’énonciation précipitée qui l’y fait entrer, indépendamment de tout concept. Il raisonne alors selon une logique classique, dont un syllogisme bien connu offre depuis des siècles un exemple rebattu : « Tous les hommes sont mortels ; or Socrate est un homme… » L’œuvre de Lacan jette une lumière nouvelle sur ce pont aux ânes éculé. Le syllogisme de Socrate tire sa force du procès subjectif qu’il rejette. Le présent article dégage d’abord l’intention perverse du scoliaste, afin de retrouver le tranchant de l’énonciation qu’il cherche à émousser. Il décrit ensuite le mouvement par lequel cette énonciation, en s’évanouissant dans le « touthommisme » qui la trivialise, promeut une logique du concept universel. Il propose enfin de matérialiser cette transformation au moyen d’un exercice de topologie, pour s’extraire de la « flaque de glu mentale » dans laquelle le « sillygisme » nous plonge, au nom même, ce qui est un comble, de Socrate.
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