Laïcité et Islam : un terrain miné ?

Pilier de l’ordre républicain, la laïcité est née d’uncompromis constructif entre l’Etat et l’Eglise catholique. Ses principes universalistes la rendaient apte à un accueil ouvert des musulmans, nouvelle composante, très diverse, de la population française. Pour l’essentiel, le dispositif laïque a r...

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Autore principale: Bistolfi, Robert
Natura: Article ou chapitre numérique
Lingua:Français
Pubblicazione: 2014
Accesso online:Accès Université d'Orléans et IFPM
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spelling cairn-COME_088_0185COMEConfluences Méditerranée https://shs.cairn.info/revue-confluences-mediterranee-2014-1-page-185?lang=fr https://doi.org/10.3917/come.088.0185 Laïcité et Islam : un terrain miné ? Bistolfi, Robert2014 fre Confluences Méditerranée | 88 | 1 | 2014-03-01 | p. 185-196 | 1148-2664 COME_08885 Pilier de l’ordre républicain, la laïcité est née d’uncompromis constructif entre l’Etat et l’Eglise catholique. Ses principes universalistes la rendaient apte à un accueil ouvert des musulmans, nouvelle composante, très diverse, de la population française. Pour l’essentiel, le dispositif laïque a répondu aux attentes, mais en pratique des conflits ont surgi dans le contexte d’une profonde crise sociale qui a durci les replis identitaires. Emanant d’une « communauté » désormais plus assurée de ses droits citoyens, des demandes multiples touchant à la pratique de leur foi ont été formulées par des musulmans à la visibilité pleinement assumée. Des arrangements consensuels ont souvent permis d’y répondre. Avec une laïcité inclusive d’un côté, et une laïcité normative de l’autre, deux sensibilités laïques se sont toutefois affirmées, et parfois opposées. Au-delà, prenant appui sur les phantasmes concernant un islam conquérant, certains ont approché la laïcité comme une idéologie restrictive des libertés religieuses. Face à ces données, l’on est conduit à s’interroger sur la « bande médiane » des perceptions et des comportements où se joue concrètement l’avenir de la cohésion sociétale. Cette cohésion dépendra certes, fondamentalement, de l’issue de la crise d’ensemble qui sape les fondements du modèle social ; mais les questions proprement identitaires devraient sans attendre être mieux affrontées car, s’agissant de la relation à l’islam, elles se posent avec une acuité lourde de dérives. La frontière entre espaces publics et espace privé, le champ exact de la neutralité laïque, la nature des flexibilités qu’en pratique elle pourrait tolérer... : autant de domaines et de zones « grises » où croissent les tensions. Face à cela, devrait s’imposer la « morale de la retenue » que réclamait Claude Lévi-Strauss pour approcher l’autre : elle devrait permettre de mieux articuler « accommodements raisonnables » (de la société dans son ensemble) et « acculturations raisonnables » (dans la mouvance musulmane).Cairn free access
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description Pilier de l’ordre républicain, la laïcité est née d’uncompromis constructif entre l’Etat et l’Eglise catholique. Ses principes universalistes la rendaient apte à un accueil ouvert des musulmans, nouvelle composante, très diverse, de la population française. Pour l’essentiel, le dispositif laïque a répondu aux attentes, mais en pratique des conflits ont surgi dans le contexte d’une profonde crise sociale qui a durci les replis identitaires. Emanant d’une « communauté » désormais plus assurée de ses droits citoyens, des demandes multiples touchant à la pratique de leur foi ont été formulées par des musulmans à la visibilité pleinement assumée. Des arrangements consensuels ont souvent permis d’y répondre. Avec une laïcité inclusive d’un côté, et une laïcité normative de l’autre, deux sensibilités laïques se sont toutefois affirmées, et parfois opposées. Au-delà, prenant appui sur les phantasmes concernant un islam conquérant, certains ont approché la laïcité comme une idéologie restrictive des libertés religieuses. Face à ces données, l’on est conduit à s’interroger sur la « bande médiane » des perceptions et des comportements où se joue concrètement l’avenir de la cohésion sociétale. Cette cohésion dépendra certes, fondamentalement, de l’issue de la crise d’ensemble qui sape les fondements du modèle social ; mais les questions proprement identitaires devraient sans attendre être mieux affrontées car, s’agissant de la relation à l’islam, elles se posent avec une acuité lourde de dérives. La frontière entre espaces publics et espace privé, le champ exact de la neutralité laïque, la nature des flexibilités qu’en pratique elle pourrait tolérer... : autant de domaines et de zones « grises » où croissent les tensions. Face à cela, devrait s’imposer la « morale de la retenue » que réclamait Claude Lévi-Strauss pour approcher l’autre : elle devrait permettre de mieux articuler « accommodements raisonnables » (de la société dans son ensemble) et « acculturations raisonnables » (dans la mouvance musulmane).
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