La poésie dans les instructions officielles : un discours ambigu

Genre littéraire à géométrie variable, la poésie à l’école élémentaire connaît un parcours pour le moins chaotique, comme le montre l’étude des instructions et des textes officiels, depuis les tout premiers qui font référence en la matière, ceux de 1923, jusqu’aux derniers datant de...

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Auteur principal: Boncourt, Martine
Format: Article ou chapitre numérique
Langue:Français
Publié: 2003
Accès en ligne:Accès Université d'Orléans et IFPM
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description Genre littéraire à géométrie variable, la poésie à l’école élémentaire connaît un parcours pour le moins chaotique, comme le montre l’étude des instructions et des textes officiels, depuis les tout premiers qui font référence en la matière, ceux de 1923, jusqu’aux derniers datant de 2002. Outil d’acculturation aux valeurs républicaines sous Jules Ferry, adjuvant pédagogique au service de la mémoire, du vocabulaire, du style au début du siècle, ignorée par les penseurs de l’aprèsguerre (1945) soucieux de reconstruire une France « rationnelle » loin du « fléau que représente le verbalisme », survalorisée dans les discours officiels de 1972 dans lesquels la « récitation » fait place enfin à « la poésie » mais sans que soient donnés aux enseignants les moyens de lui accorder à l’école la place qu’elle mérite, magnifiée par ceux de 1985 mais oubliée dans les propositions concrètes des décideurs, effleurée d’un regard approximatif dans les plus récentes instructions de 2002, la poésie a toujours été l’objet d’un traitement équivoque dans les textes qui en prescrivent l’usage au sein de l’institution scolaire. « Matière » malléable sinon par définition, en tout cas par la façon dont on va l’appréhender, la poésie est exposée, par la richesse et la multiplicité de ses facettes, au risque de la récupération, pire, de l’utilisation ambiguë. Volte-face, confirmations, innovations, abandons et reniements, autant de signes qui témoignent d’un désir de neutralisation, de condamnation même d’une boîte de Pandore dont on pourrait redouter la libération des énergies.
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Outil d’acculturation aux valeurs républicaines sous Jules Ferry, adjuvant pédagogique au service de la mémoire, du vocabulaire, du style au début du siècle, ignorée par les penseurs de l’aprèsguerre (1945) soucieux de reconstruire une France « rationnelle » loin du « fléau que représente le verbalisme », survalorisée dans les discours officiels de 1972 dans lesquels la « récitation » fait place enfin à « la poésie » mais sans que soient donnés aux enseignants les moyens de lui accorder à l’école la place qu’elle mérite, magnifiée par ceux de 1985 mais oubliée dans les propositions concrètes des décideurs, effleurée d’un regard approximatif dans les plus récentes instructions de 2002, la poésie a toujours été l’objet d’un traitement équivoque dans les textes qui en prescrivent l’usage au sein de l’institution scolaire. « Matière » malléable sinon par définition, en tout cas par la façon dont on va l’appréhender, la poésie est exposée, par la richesse et la multiplicité de ses facettes, au risque de la récupération, pire, de l’utilisation ambiguë. Volte-face, confirmations, innovations, abandons et reniements, autant de signes qui témoignent d’un désir de neutralisation, de condamnation même d’une boîte de Pandore dont on pourrait redouter la libération des énergies.Poetry in the official instructions: an ambiguous position As an infinitely variable literary form, poetry has a history in elementary school that is, to say the least, chaotic. This is shown by a study of the official texts and instructions from the very first which stood as a reference, in 1923, to the most recent in 2002. A tool for acculturation to republican values under Jules Ferry, a teaching additive at the service of memorisation, vocabulary and style at the beginning of the century, ignored by post-war thinkers (1945) who were anxious to reconstruct a «rational» France far from the «scourge represented by verbalism», overemphasised in the official positions of 1972 in which «recitation» was at last replaced by «poetry» but without teachers being given the means to give it the place it deserved at school, magnified by those of 1985 but forgotten in the decision-makers’ concrete proposals, glanced over approximately in the most recent instructions of 2002, poetry has always been the object of an equivocal treatment in the texts which prescribe its use within the educational institution. As a malleable «subject», if not by definition then at least by the way in which it is to be comprehended, poetry is exposed through its multifaceted richness at the risk of the recuperation, which is worse, of its ambiguous use. U-turns, confirmations, innovations, abandons and denials. All these are signs that bear witness to a desire to neutralise, or even condemn, a Pandora’s box of which one could fear the freeing of its energies.Die Dichtung in den amtlichen Anweisungen: ein ambivalenter Diskurs Als heterogene literarische Gattung hat sich die Dichtung in der Grundschule sehr unterschiedlicher Beliebtheit erfreut, wie aus einer Untersuchung offizieller Instruktionen und Texte hervorgeht, von denen die ersten, maßgeblichen, aus dem Jahr 1923 und die jüngsten aus dem Jahr 2002 stammen. In den Texten, die die Dichtung in der Schule verankern wollten, hatte sie stets einen ambivalenten Status. Bald war sie ein Instrument zur Akkulturation an republikanische Werte unter Jules Ferry. Dann war sie wieder ein Hilfsmittel zur Gedächtnisbildung, zum Erlernen von Wortschatz und Stil im frühen 20. Jahrhundert. Während die Denker in der Nachkriegszeit (1945) ihr die kalte Schulter zeigten und es ihnen um ein «rationales» Frankreich zu tun war, das mit der «Plage der Wortdrechseleien» nichts zu tun haben wollte, bekam sie in den offiziellen Verlautbarungen von 1972 einen übersteigerten Wert. Endlich wurde die «Aufsagerei» durch die «Poesie» ersetzt, wobei man den Lehrern allerdings nicht die Mittel gab, ihr auch tatsächlich den Platz in der Schule einzuräumen, den sie verdient gehabt hätte. 1985 wurde sie in den höchsten Tönen besungen, in den konkreten Vorschlägen der politisch Verantwortlichen jedoch vergessen. In den jüngsten Anweisungen aus dem Jahr 2002 wird sie schließlich nur sehr oberflächlich betrachtet. Als «Fach», das per definitionem, in jedem Fall aber von seiner Wahrnehmung her veränderlich ist, droht die Dichtung aufgrund ihres Reichtums und ihrer Facettenhaftigkeit, vereinnahmt oder - schlimmer noch - ambivalent gebraucht zu werden. Die Kehrwenden, Bekräftigungen, Innovationen, Verzichtserklärung und Verleugnungen sind ein Zeichen für den Willen, die Büchse der Pandora, deren Kräfte man freizusetzen fürchtet, unschädlich zu machen, ja zu verdammen.Cairn free access