Trier les crimes - Sociologie des hiérarchies judiciaires

Sous pression gestionnaire, la justice disqualifie de nombreux crimes - dont, emblématiquement, des viols - en simples délits. Quelles hiérarchies sous-tendent ce tri ? En dévoilant le " sens commun " de la gravité des actes et les catégorisations de classe, de genre, de race et de réputat...

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Autore principale: Rouméas, Rémi
Natura: Livre papier
Lingua:Français
Pubblicazione: Paris : La Découverte DL 2026.
Paris : DL 2026.
Serie:Laboratoire des sciences socia
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520 |a Sous pression gestionnaire, la justice disqualifie de nombreux crimes - dont, emblématiquement, des viols - en simples délits. Quelles hiérarchies sous-tendent ce tri ? En dévoilant le " sens commun " de la gravité des actes et les catégorisations de classe, de genre, de race et de réputation des victimes et des accusés, cette enquête sociologique inédite révèle la manière dont se fabrique - ou se défait - le droit. Qu'est-ce qu'un crime ? Et pourquoi nombre de faits que la loi définit comme tel sont-ils jugés comme relevant d'un simple délit ? Alors que la magistrature est théoriquement soumise au strict respect du code pénal, une pratique bien établie conduit les professionnels du droit à passer ordinairement sous silence des circonstances aggravantes pour requalifier, en amont des procès, des viols en agressions sexuelles, des tentatives d'homicide en violences volontaires, des vols à main armée en vols avec violence et bien d'autres crimes encore. Ce tri, méconnu en dehors des tribunaux, porte le nom de " correctionnalisation ". S'il répond à des contraintes gestionnaires dictées par le manque de moyens et l'engorgement d'une administration pressée de réduire ses délais, celles-ci ne disent rien de la manière dont il est mis en oeuvre et négocié au quotidien par les magistrats et les avocats. En dévoilant ses apprentissages, ses principes de classement et ses automatismes, cette enquête montre que l'aiguillage des affaires criminelles procède d'une hiérarchisation morale, sociale et symbolique des actes, des accusés et des victimes qui, pour l'institution judiciaire, valent ou non la peine de mobiliser du temps, des dépenses, des investigations minutieuses et des audiences solennelles. Et, en identifiant les distinctions opérées entre le crime " ordinaire " et le " vrai " crime, le " grand " criminel et le " petit " délinquant, la " bonne " et la " mauvaise " victime, elle révèle des valeurs sociales profondes, dont les tribunaux sont à la fois une caisse de résonance et un puissant vecteur de définition. 
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